« A Brutalist Dystopian Society part.2 » est enfin disponible sur MORD et nous avons rencontré le producteur bruxellois et résident de Tresor, UFO95 pour une conversation qui oscille entre techno, utopie et culture club.
S'exprimant depuis Miami, Killian Vaissade réfléchit sur la façon dont l'album canalise ce « sentiment dystopique, une sorte de mélancolie » traduit en « quelque chose de plus minimaliste mais toujours roulant, sombre et dystopique ». Inspiré par les architectures monumentales de villes comme Shanghai, New York et Pékin, l'album parle de la brutalité à la fois esthétique et sociale, en se concentrant sur la techno comme résistance structurelle et les clubs comme « laboratoire de perception ».
Réputé pour ses performances live intenses dans des clubs emblématiques comme Berghain, Basement NY, Razzmatazz et K41, UFO95 a sorti de la musique sur Tresor, MORD, WSNWG et son label TSSRCT, copropriété de Hadone, l'autre moitié du projet Civic Instruction.
OVNI95 par KeyiStudio
Bonjour UFO95, bienvenue à Parkett. Merci d'être là, comment allez-vous et comment se passe cette période liée à la sortie de « A Brutalist Dystopian Society part.2 » ?
Bonjour, merci de m'avoir invité à ce petit chat ! Je me porte très bien, je suis en tournée en Amérique du Nord et du Sud en ce moment, je vous réponds depuis Miami au bord de la piscine. Cela pourrait être pire. Je continuerai également à tourner mon Live basé sur les albums Part 1 & 2 au cours des prochains mois.
Le deuxième chapitre de « A Brutalist Dystopian Society » est enfin disponible sur MORD. Traduire une esthétique architecturale en son est un défi complexe : à quel moment avez-vous senti que vous aviez vraiment « trouvé » le son brutaliste et que vous souhaitiez façonner l’album ?
Je ne sais pas si je retrouve le son « Brutalist » mais j'ai trouvé le son « My » c'est sûr. Quelque chose de plus minimaliste mais toujours aussi roulant, sombre et dystopique.
L'album fait référence à la brutalité en général et à la perte collective de confiance en l'avenir qui en résulte : dans quelle mesure cette désillusion sociale a-t-elle influencé le ton émotionnel de l'album et comment avez-vous traduit ce sentiment en son ?
Les albums (parties 1 et 2) ont ce sentiment dystopique, une sorte de mélancolie. Cela se traduit par l’utilisation de pressions de basse et de pads et synthés dissonants.

OVNI95 par KeyiStudio
Y a-t-il des lieux et une architecture spécifiques qui ont inspiré le projet ?
J'ai produit l'album lors d'une tournée à New York, Shanghai et Pékin. Ces villes ont décidément une architecture particulière et spectaculaire et aussi très dystopique et brutaliste. Ils m’ont vraiment inspiré.
L'architecture brutaliste incarne une utopie non réalisée et la désillusion d'un rêve non réalisé. Comment cette désillusion se reflète-t-elle dans notre société et dans l’art aujourd’hui ?
Le brutalisme s’est construit sur la promesse d’un progrès collectif. Aujourd'hui, nous vivons parmi ses ruines, physiques et symboliques. L’utopie est devenue contrôle, isolement, surveillance. En art, cette désillusion se traduit par de la crudité, de la réduction et de la tension. Un besoin de comparer la réalité plutôt que de la décorer.
La guerre, la répression et les préjugés que vous évoquez sont le cancer de notre époque. La techno est toujours une forme de contestation, mais pensez-vous qu’elle a toujours la même force originelle qui caractérisait le mouvement à ses débuts ? Y a-t-il des réalités qui, selon vous, sont en première ligne aujourd’hui ?
La techno est née de l’urgence, de voix marginalisées construisant un espace autonome grâce au son. Cette force existe toujours, mais elle est constamment menacée par la marchandisation. La ligne de front aujourd’hui est l’indépendance, en protégeant les espaces, les récits et les communautés de devenir des produits. La protestation n’est plus seulement politique ; c'est structurel. La manière dont nous organisons, libérons et rassemblons est déjà une résistance.

OVNI95 par KeyiStudio
La dimension 3D et immersive du son est centrale dans vos sets et productions, adaptés aussi bien à une écoute maison que dancefloor : quelle est l'importance pour vous de l'expérience d'écoute en club et qu'apporte-t-elle de plus ? Existe-t-il des clubs qui ramènent les sensations primitives qui donnent naissance à vos productions ?
Le club est un laboratoire de perception. Les basses fréquences remodèlent le corps, la répétition modifie le temps, l'obscurité supprime l'identité. A la maison, vous comprenez la musique mais dans le club, vous la devenez.
Les sensations primitives existent encore dans des lieux qui privilégient le son à l'image, l'intensité au confort. Des espaces où l’expérience est physique et non décorative.
En tant que maître de plateau live, quelle part de votre processus de production est planifiée et quelle part est improvisée en ce moment ?
Je dirais que c'est 50/50.
J'ai mes boucles, sons, percus, batterie prêts dans ma machine mais je jam avec. Le live n’est pas structuré.
Lors des prochains concerts de votre tournée, présenterez-vous « A Brutal Dystopian Society ? Accorderez-vous plus de place aux productions orientées dancefloor ou accorderez-vous également de la place au côté plus expérimental de l’album ?
Les deux sont indissociables. L'album oscille entre hypnose et rupture, pression et vide. La version live garde cette dualité, des moments construits pour le corps, d'autres pour la dépaysement. Le dancefloor ne s'oppose pas à l'expérimentation ; c'est là que l'expérimentation devient réelle.
« Une société dystopique brutale » est disponible ici.
VERSION IT
Salut UFO95, bienvenue à Parkett. Merci d'être là, comment allez-vous et comment se déroule cette période liée à la sortie de « A Brutalist Dystopian Society part.2 » ?
Bonjour, merci de m'avoir invité à ce chat ! Je me sens bien, je suis actuellement en tournée en Amérique du Nord et du Sud et je vous répondrai depuis Miami, près de la piscine. Cela pourrait être pire. Je continuerai également à tourner mon live basé sur les albums Part 1 et Part 2 au cours des prochains mois.
Le deuxième chapitre de « A Brutalist Dystopian Society » est enfin disponible sur MORD. Traduire une esthétique architecturale en son est un défi complexe : quel a été le moment où vous avez senti que vous aviez vraiment « trouvé » le son brutaliste et que vous vouliez façonner l’album ?
Je ne sais pas si j'ai trouvé le son « brutaliste » mais j'ai définitivement trouvé « mon » son. Quelque chose de plus minimaliste mais toujours dynamique, sombre et dystopique.
L’album fait référence à la brutalité en général et à la perte collective de confiance en l’avenir qui en résulte : dans quelle mesure cette désillusion sociale a-t-elle influencé le ton émotionnel de l’album et comment avez-vous traduit ce sentiment en son ?
Les albums (partie 1 et 2) véhiculent ce sentiment dystopique, une sorte de mélancolie. Cela se traduit par l’utilisation de basses entraînantes, de pads et de synthés dissonants.
Y a-t-il des lieux et une architecture spécifiques qui ont inspiré le projet ?
J'ai produit l'album lors de ma tournée à New York, Shanghai et Pékin. Ces villes ont certes une architecture particulière et spectaculaire, mais aussi très dystopique et brutaliste. Ils m’ont vraiment inspiré.
L'architecture brutaliste incarne une utopie non réalisée et la désillusion d'un rêve non réalisé. Comment cette désillusion se reflète-t-elle aujourd’hui dans la société et dans l’art ?
Le brutalisme reposait sur la promesse d’un progrès collectif. Aujourd'hui, nous vivons parmi ses ruines, physiques et symboliques. L'utopie est devenue contrôle, isolement, surveillance. En art, cette désillusion se traduit par grossièreté, réduction et tension. Un besoin de composer avec la réalité plutôt que de la décorer.

OVNI95 par KeyiStudio
La guerre, la répression et les préjugés que vous évoquez sont le cancer de notre époque. La techno est toujours une forme de protestation, mais pensez-vous qu’elle a la même force originelle qui caractérisait les premiers mouvements ? Y a-t-il des réalités que vous considérez comme étant en première ligne aujourd’hui ?
La techno est née de l’urgence, de voix marginalisées construisant un espace autonome grâce au son. Cette force existe toujours, mais elle est constamment menacée par la marchandisation. La ligne de front aujourd’hui est l’indépendance, en protégeant les espaces, les récits et les communautés de devenir des produits. La protestation n’est plus seulement politique ; c’est structurel. La façon dont nous nous organisons, libérons et rassemblons est déjà une résistance.
La dimension tridimensionnelle et immersive du son est au cœur de vos sets et productions, adaptés aussi bien à l'écoute privée qu'au dancefloor : quelle est pour vous l'importance de l'expérience d'écoute en club et qu'apporte-t-elle de plus ? Existe-t-il des clubs qui reproduisent les sensations primitives qui donnent naissance à vos productions ?
Le club est un laboratoire de perception. Les basses fréquences remodèlent le corps, la répétition modifie le temps, l'obscurité supprime l'identité. À la maison, vous comprenez la musique, mais dans le club, vous la devenez.
Les sensations primitives existent encore dans des lieux qui privilégient le son à l'image, l'intensité au confort. Des espaces où l’expérience est physique et non décorative.
En tant que maître des sets live, dans quelle mesure votre processus de production est-il planifié et dans quelle mesure est-il improvisé ?
Je dirais 50/50.
J'ai mes boucles, sons, percussions, batterie prêts dans ma voiture, mais je les utilise pour jouer. Le spectacle live n’est pas structuré.
Présenterez-vous « A Brutal Dystopian Society » lors de vos prochaines dates de tournée ? Accorderez-vous plus de place aux productions orientées dancefloor ou au côté plus expérimental de l’album ?
Les deux sont indissociables. L'album oscille entre hypnose et rupture, pression et vide. La version live entretient cette dualité, des moments construits pour le corps, d'autres pour la dépaysement. Le dancefloor ne s'oppose pas à l'expérimentation ; c'est là que l'expérimentation devient réelle.
